INTRODUCTION
Situé à une altitude de près de 900 m, Ettal se trouve dans une vallée montagneuse étroite dans les pré-alpes Ouest en Bavière (map). Avant l'invention du chemin du fer, il fallait trois jours et demi de voyage pour atteindre la capitale du duché et de l'électorat de Bavière bien que Ettal fût situé à proximité d'un important passage dans les Alpes et, tout en étant retiré, au bord d'une route reliant Augsbourg à I'ltalie. De nos jours, une des routes touristiques les plus appréciées traverse Ettal. Ce grand couvent ressemblant à un château est le résultat d'une longue histoire et il est l'expression, d'une part, d'un grand souhait d'un grand convent bénédictin: une communauté indépendante se procurant elle-même le minimum pour vivre dans la mesure du possible sur place ou en son sein - comment aurait-il pu en être autrement à cette époque où les moyens de transport étaient très limités? - et possède donc les ateliers et manufactures les plus importants intégrés dans un organisme global. Et d'autre part, dans l'ancienne Bavière - et pas seulement dans cette région - un monastère était partie intégrante de l'ordre de l'Etat et de la société et avait, depuis le Moyen-Age, pour mission d'assumer les droits de souveraineté correspondant, aujourd'hui, à peu près aux compétences des autorités intermédiaires, c'est-à-dire: juridiction, administration et fiscalité. Cet aspect, lié à cette nécessité baroque de représentation et d'auto-présentation, s'est retrouvé dans la forme extérieure du couvent. Ces donnés sont depuis bien longtemps enfouies dans les archives de l'histoire; aujourd hui, la communauté d'Ettal représente une forme particulière de communauté chrétienne au sein de l'Eglise catholique romaine, son mode de vie, sa propre compréhension, sa forme interne et dans une certaine mesure, son organisation extérieure reposent sur la règle dictée par St. Benoît de Nursie (+ 547) au milieu du XIe S., le père du monachisme occidental et de la vie monocale. Cette règle, un document fondamental européen pour l'organisation d'une vie spirituelle et religieuse selon l'Evangile mais aussi pour une organisation positive de la vie communautaire, est, de nos jours, en grande partie, encore en vigueur dans son esprit et dans ses traits fondamentaux pour les couvents de Bénédictins même si, dans certains aspects, ils se sont adaptés à I'homme contemporain et à un changement de compréhension de l'Eglise et de la Communauté. La communauté monacale d'Ettal, composée ces dernières années de 50 à 60 membres, dirige principalement, sur la base de sa mission spirituelle et religieuse de l'office en commun et des heures de prières, un lycee (public) avec internat (environ 380 éIèves), et de plus une quantité de taches et activités pastorales. L'Economie est constituee par les profits réalisés par les membres de la communauté provenant d' une série d'entreprises, p. ex. brasserie, fabrication de liqueur, auberge monacale, maison d'edition, tout en respectant en grande partie l'indépendance de cet ensemble complexe de bâtiments, utilisé complètement.
HISTOIRE DU COUVENT
Si l'on compare Ettal aux importants couvents du Moyen-Age de la région bavaroise, on constate que sa naissance fut relativement tardive. I1 doit son origine au Duc de Bavière-Munich, en même temps l'Empereur Louis IV, empereur germano-romain, nommé le "Baier" (le Bavarois), expression utilisee péjorativement à l'origine par le Pape pour désigner l'Empereur dont les idees lui étaient contraires. La tradition veut qu'il faille rechercher les intentions dans une fondation de voeux dans un sens moyenâgeux, d'un autre côté pour des raisons de d-oit d'Empire et de souveraineté, dont il ne peut ici être fait mention de manière plus précise, et dans des buts de politique commerciale. Ainsi, le religieux et le spirituel étaient reellement unis au pratique. Cette tradition met en étroite relation histoire et legende bien qu'il faille considérer que la marche sur Rome de l'Empereur en 1328 offre une base. En tant que document matériel, il y a la statuette de marbre de la Madone d'Ettal dans le maître-autel de l'église, que l'Empereur, en tout cas, ramena de sa campagne d'Italie. Un autre fait est la situation politique et financière de l'Empereur qui était extrêmement délicate, excommunié par le Pape et menacé par les villes du Nord de l'Italie.
Dans cette situation, l'Empereur fit voeu à la fondation d'Ettal. Point central du couvent garde en tous les cas jusqu'a nos jours l'image de la Madone offerte par l'empereur le jour de la fondation du couvent. On a fixé le jour de création et de fondation du couvent au 28 avril 1330. A cette communauté de moines serait également liee une communauté formee de chevaliers et de leurs femmes, semblable à la communauté des Chevaliers teutoniques créée auparavant. Ce fait est important dans la mesure où il donne la base de la forme de construction de l'église moyenâgeuse qui, vêtue d'un manteau de baroque, est conservee dans la construction actuelle d'églises. Cette fondation de chevaliers n'a pu survivre; le couvent dans sons ensemble était alimenté par une propriété foncière et éléments de patrimoine si bien qu'il pouvait v ivre facilement à I'exception de quelques périodes difficiles. Au Moyen-Age et jusqu' au XVIIe s., Ettal n'était pas important, mais connut son apogee v ers 1700 allant de pair avec la percée de la haute culture baroque de l'Allemagne du Sud. Après 1700, ce lieu de pèlerinage prit une grande importance - ses racines remontent à la fin du XVe s. - et en 1709, après la grande reorganisation économique des annees précèdentes, une école fut creee appelee "Ritterakademie" (Académie des Chevaliers), une forme intermédiaire entre le lycee et l'université qui eut, pendant plusieurs décennies, une résonance suprarégionale et qui fit naître une série de personnages importants de la vie politique en Bavière et en Autriche, mais aussi au-delà de ces régions. La percee spirituelle et religieuse de cette époque entraîna une rénovation du couvent vers le baroque, conservée jusqu'à nos jours, dans ses traits principaux. Ces tentatives, qui n'ont jamais été menées compléte ment à terme, trouvent leur couronnement dans la réorganisation de l'église, un des plus importants témoins de la culture baroque en Allemagne du Sud. L'artisan spirituel de la rénovation intérieur et de la réorganisation extérieure fut Placidus II Seiz (de 1709 a 1736), l'abbe le plus remarquable d'Ettal; Ettal est l'exemple d'une organisation pleine de tempérament et ingénieuse tout comme en posséJaient, à l'époque du baroque, presque tous les couvents. En 1803, à la suite de la Révolution francaise, des événements napoléoniens et de la réorganisation de l'Etat de Bavière, Ettal, tout comme les autres couvents, fut supprimé par décision des autorités. Une partie des bâtiments fut démolie, l'église fut appelee paroisse, la propriété foncière prise par l'Etat et revendue partiellement. Une partie des bâtiments passa dans les mains du privé. Il fallut attendre prés d'un siècle pour que renaisse à Ettal une nouvelle vie bénédictine, le 6 août 1900 à l'instigation de l'abbaye de Scheyern (40 km au nord de Munich) et soutenue par le baron Theodor von Cramer-Klett, le propriétaire précédent du couvent. Ettal put poursuivre, jusqu'à nos jours, son développement, malgré les difficultés rencontrees pendant les annees 20, le régime nazi et la seconde guerre mondiale, en tant que communauté chrétienne où cohabitent environ quatre générations essayant d'être dignes de la mission qui leur a été confiee par l'Eglise et la sociéte.